EAT

Contrôle du comportement alimentaire



Responsables :

Gaëlle Boudry & David Val-Laillet



L’obésité et le surpoids résultent souvent de modifications du comportement et des habitudes alimentaires, qui contribuent à un apport énergétique supérieur aux dépenses énergétiques de l’individu. La régulation et le contrôle de la prise alimentaire font intervenir des processus dynamiques en réponse à des stimuli externes et internes. Cependant, cette régulation et ce contrôle sont constamment défiés voire même bouleversés par l’omniprésence d’aliments ou de signaux liés à l’aliment dans nos sociétés occidentales, notamment des aliments palatables et à forte densité énergétique. Ceci peut amener à une consommation d’aliments en l’absence de faim ou au-delà du rassasiement. Parfois, l’exposition répétée à des aliments palatables peut aboutir à des phénomènes d’hyperphagie voire de pulsions alimentaires, ou même d’addiction alimentaire. Des émotions négatives et le stress psychosocial chronique peuvent également favoriser les pulsions alimentaires ou l’abus d’alcool comme mécanismes compensatoires. Ainsi, la consommation chronique d’aliments énergétiquement denses et une alimentation déséquilibrée peuvent amener à un continuum d’altérations du comportement alimentaire allant de perturbations occasionnelles de la prise alimentaire à des troubles pathologiques comme l’hyperphagie boulimique et l’addiction alimentaire, toutes contribuant au surpoids, à l’obésité et à leur comorbidités.

            Les objectifs de l’équipe ‘Control of eating behavior’ (EAT) sont 1- de mieux comprendre les liens existant entre l’alimentation dite occidentale et le développement d’anomalies du comportement alimentaire voire de pathologies du comportement alimentaire, et 2- de valider des interventions innovantes visant à prévenir ou traiter ces anomalies et troubles du comportement alimentaire. L’équipe est composée de scientifiques, cliniciens et techniciens ayant des expertises complémentaires en nutrition, physiologie intestinale, microbiote intestinal, néonatalogie, éthologie, neurobiologie, addictologie, imagerie cérébrale et psychologie de la santé.

Nous avons défini deux axes thématiques dans lesquels ces deux objectifs seront recherchés.

Thème 1 : Modulation de la régulation de la prise alimentaire par l’axe microbiote-intestin-cerveau

Une influence du microbiote intestinal sur le comportement alimentaire a été suggérée par différentes publications. De la même manière, nous avons récemment mis en évidence le rôle du microbiote intestinal dans la régulation de la prise alimentaire et dans l’apparition d’une alimentation de type snacking. De nombreuses données, incluant les nôtres, ont également montré que la consommation d’aliments de type occidental impacte fortement la composition du microbiote intestinal et son activité métabolique. Cette dysbiose pourrait influencer les fonctions endocrines et barrière de l’intestin impliquées dans la régulation de la prise alimentaire. De plus, le microbiote intestinal s’établit en période post-natale avec une forte influence de facteurs environnementaux, dont l’alimentation de la mère et du nouveau-né. Nous avons observé des effets immédiats mais également à long-terme de la nutrition périnatale sur la composition et le métabolome du microbiote intestinal, associés à des modifications des fonctions intestinales. En parallèle de la colonisation bactérienne, les structures cérébrales, dont celles impliquées dans la régulation de la prise alimentaire, continuent à se développer en période post-natale et pourraient donc être influencées par le microbiote colonisant l’intestin.

Dans ce contexte, nos objectifs spécifiques sont : a) d’évaluer l’impact de la dysbiose intestinale induite par l’alimentation occidentale sur les signaux intestinaux impliqués dans la régulation de la prise alimentaire, et b) de mettre en évidence le rôle de la colonisation bactérienne de l’intestin dans l’établissement des mécanismes de régulation de la prise alimentaire ainsi que le rôle de la nutrition périnatale sur ces phénomènes.

Thème 2 : Modulation du plaisir et de la motivation alimentaires par les interactions cortico-striatales

Des processus neurocognitifs complexes sont mis en jeu pour interpréter et attribuer une valeur hédonique et métabolique à des signaux alimentaires, les associer au statut émotionnel et interne de l’individu, et in fine, amener à la décision de consommer tel ou tel aliment ou boisson. Les zones corticales préfrontales et orbitofrontales jouent un rôle fondamental dans l’évaluation hédonique, la prise de décision et les comportements motivés. Ces structures sont interconnectées avec le striatum, ensemble de noyaux cérébraux profonds permettant aux processus hédoniques et motivationnels d’influencer les décisions, les choix alimentaires et les actions qui en découlent. Le modèle de vulnérabilité dynamique de l’obésité suggère que la consommation chronique d’aliments palatables est à l’origine d’un basculement dans les processus neurocomportementaux hédoniques et cognitifs qui contrôlent le comportement alimentaire et qui dépendent de ces interactions corticostriatales.

Dans ce contexte, nos objectifs sont : a) de comprendre comment les processus neurocognitifs sont modulés par l’environnement nutritionnel, en interaction avec les émotions, le stress et les profils psychologiques des individus, et de comprendre les interactions qui existent entre les différentes zones contrôlant le comportement alimentaire ; et b) de tester et valider des stratégies innovantes ciblant les interactions corticostriatales pour favoriser ou restaurer un contrôle adéquat du comportement alimentaire.

Publications récentes :

  1. Arnaud A.P., Rome V., Richard M., Formal M., David-Le Gall S., Boudry G. (2020). Post-natal co-development of the microbiota and gut barrier function follows different paths in the small and large intestine in piglets. Faseb Journal, vol 34, n°1, 1430-1446 p. DOI: https://doi.org/10.1096/fj.201902514R. Réf. HAL: hal-02442531
  2. Constant A., Boulic G., Lommez A., Chaillou R., Guy-Grand B., Raffin S. (2020) Locally implemented prevention programs may reverse weight trajectories in half of children with overweight/obesity amid low child-staff ratios: results from a quasi-experimental study in France BMC Public Health, vol 20, 941 p., DOI: https://10.1186/s12889-020-09080-y
  3. Menneson S., Ménicot S., Malbert C.-H., Meurice P., Serrand Y., Noirot V., Etienne P., Coquery N., Val-Laillet D. (2020). Neuromodulatory and possible anxiolytic-like effects of a spice functional food ingredient in a pig model of psychosocial chronic stress. Journal of Functional Foods, vol 64, 103599 p. DOI: https://doi.org/10.1016/j.jff.2019.103599. Réf. HAL: hal-02443757
  4. Barreault S., Bellanger A., Berneau P., de La Pintière A., Lallemant C., Beuchée A. (2019) Impact of early protein and energy intakes on neurodevelopment at 2 years of corrected age in very low birth weight infants: A single-center observational study. PLoS One, vol 14, n°6, e0218887 p., DOI: https://10.1371/journal.pone.0218887
  5. Coquery N., Adam J.-F., Nemoz C., Janvier R., Livingstone J., Chauvin A., Guerineau C., De Saint Jean L., Kefs S., Ocadiz A., Bouchet A., Bartzsch S., Schültke E., Siegbahn A., Bräuer-Krisch E., Lemasson B., Luc Barbier E., Laissue J., Balosso J., Val-Laillet D., Serduc R. (2019). Locomotion and eating behavior changes in Yucatan minipigs after unilateral radio-induced ablation of the caudate nucleus. Scientific Reports, vol 9, n°1, 17082 p.. DOI: https://doi.org/10.1038/s41598-019-53518-2. Réf. HAL: hal-02376578
  6. Coquery N., Menneson S., Meurice P., Janvier R., Etienne P., Noirot V., Val-Laillet D. (2019). fMRI-Based Brain Responses to Olfactory Stimulation with Two Putatively Orexigenic Functional Food Ingredients at Two Different Concentrations in the Pig Model. Journal of Food Science, vol 84, n°9, 2666-2673 p.. DOI: https://doi.org/10.1111/1750-3841.14772. Réf. HAL: hal-02281404
  7. Gautier Y., Meurice P., Coquery N., Constant A., Bannier E., Serrand Y., Ferré J.-C., Moirand R., Val-Laillet D. (2019). Implementation of a New Food Picture Database in the Context of fMRI and Visual Cognitive Food-Choice Task in Healthy Volunteers. Frontiers in Psychology, vol 10, 2660 p.. DOI: https://doi.org/10.3389/fpsyg.2019.02620. Réf. HAL: inserm-02389926
  8. Guerville M., Hamilton M. K., Ronveaux C. C., Ellero-Simatos S., Raybould H. E., Boudry G. (2019). Chronic refined low-fat diet consumption reduces cholecystokinin satiation in rats. European Journal of Nutrition, vol 58, n°6, 2497-2510 p.. DOI: https://doi.org/10.1007/s00394-018-1802-2. Réf. HAL: hal-01862581
  9. Le Bourgot C., Ferret-Bernard S., Apper E., Taminiau B., Cahu A., Le Normand L., Respondek F., Le Huërou-Luron I., Blat S. (2019). Perinatal short-chain fructooligosaccharides program intestinal microbiota and improve enteroinsular axis function and inflammatory status in high-fat diet-fed adult pigs. FASEB Journal, vol 33, n°1, 301-313 p.. DOI: https://doi.org/10.1096/fj.201800108R. Réf. HAL: hal-01834089
  10. Menneson S., Ménicot S., Ferret-Bernard S., Guerin S., Rome V., Le Normand L., Randuineau G., Gambarota G., Noirot V., Etienne P., Coquery N., Val-Laillet D. (2019). Validation of a psychosocial chronic stress model in the pig using a multidisciplinary approach at the gut-brain and behavior levels. Frontiers in Behavioral Neuroscience, vol 13, 161 p.. DOI: https://doi.org/10.3389/fnbeh.2019.00161. Réf. HAL: hal-02263855
  11. Constant A., Gautier Y., Coquery N., Thibault R., Moirand R., Val-Laillet D. (2018). Emotional overeating is common and negatively associated with alcohol use in normal-weight female university students. Appetite, vol 129, 186-191 p.. DOI: https://doi.org/10.1016/j.appet.2018.07.012. Réf. HAL: hal-01856971

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